Histoire d’une randonnée : ma marche à travers les Pyrénées

Improviser une traversée des Pyrénées

En mai 1983, un de mes cousins me propose de traverser les Pyrénées à pied avec 2 autres cousins. Je n’avais encore jamais fait de randonnée mais le défi m’amusait. On devait partir mi-juillet d’Hendaye, près de Biarritz et marcher le plus loin possible. J’avais 15 jours de libre avant de partir tout le mois d’août en Espagne, c’était sur la route, j’ai donc accepté ce challenge. Je n’avais aucune expérience des longs parcours à pied en montagne. Il me fallait des chaussures adaptées, je suis donc allé au Vieux Campeur pour trouver la botte de 7 lieux. Paré de mes nouvelles chaussures de marche, j’emportais le strict minimum afin d’être léger pour gravir les pentes escarpées. A 16 ans, je n’avais aucune idée de ce qu’il fallait emporter. Et encore moins de tous les aspects d’une bonne préparation.

Quand les tensions naissent en randonnée

Un peu inconscient, j’avais une totalement confiance dans notre guide, un prêtre de 70 ans, qui traversait chaque année les Pyrénées. Je ne me souciais ni du temps, ni de la difficulté, ni des étapes et encore moins de mes capacités. La beauté des paysages et l’ivresse de marcher vers l’inconnu me portait. Les premiers jours, notre groupe était solidaire, nous marchions au même rythme. Tout allait bien, puis un de mes cousins a commencé à avoir des ampoules aux pieds, un autre voulait dormir à l’hôtel et refusait de camper, le troisième voulait accélérer. La zizanie venait perturber la douce atmosphère. Le prêtre usait de tout son calme et de sa sagesse pour reformer le groupe. Je m’évadais en laissant mon regard suivre le ballet des vautours fauves qui planaient au dessus de nos têtes. Je suivais les volutes de brouillard qui jouaient avec les crêtes des montagnes et s’évaporaient comme par magie. Seulement, chaque petite tension supplémentaire venait s’ajouter. Xavier insistait pour rejoindre les hôtels de la Vallée, Grégoire avait les pieds couvert de pansements et Christophe pestait contre la lenteur du groupe! Le tracé initial était remis en question, ce qui bouleversait les rendez-vous prévus. Nous commencions à découvrir les premiers aspects de la randonnée : cela ne se passe jamais comme prévu !

 

Les joies de la marche en pleine nature

Notre guide nous expliquait la faune, la flore, le rythme de la marche à pied, la respiration, comment franchir les gués, les pentes trop raides et les descentes, les règles d’hygiène et de respect de la nature. Je buvais ses paroles, car pour moi tout était simple, j’aimais marcher en pleine nature, loin de la civilisation. Je retrouvais mes sens, le bruit du vent dans les arbres, la chaleur des rayons du soleil, le craquement des brindilles sous mes pieds, la caresse de la mousse et l’odeur humide et moite des sous-bois. La vigueur des sensations naturelles nourrissaient chacun de mes pas… Avec Christophe et Grégoire, nous avons décidé d’aller camper un soir à la belle étoile. Xavier est allé dans son hôtel et notre guide avait ses adresses. Après 20 minutes de marche, loin du sentier de randonnée, on a planté notre tente dans un vallon, tout était parfait, pas âme qui vive, de l’herbe tendre et un petit ruisseau. Après un dîner de pâtes au réchaud, on s’est vite assoupis. On dort bien après une journée de marche ! Au milieu de la nuit, on a été réveillés par un bruit de ventilateur à quelques centimètres de la tente. J’ai sursauté et on est sortis en caleçon dans la pénombre. Le champ était couvert de vaches et l’une d’elle venait se frotter à la tente. C’était notre première corrida nocturne… Armés d’un bâton, nous voila au milieu d’un troupeau de vaches pour défendre notre tente !

 

Improvisation ou préparation ?

Les anecdotes ne manquent pas lors d’une randonnée et cela fait tout le charme d’une telle expédition. Nous avons eu de la chance car malgré notre inexpérience, aucun incident majeur n’est venu entraver notre périple. Avec mes cousins nous relatons souvent ce souvenir, il nous a permis de mieux nous connaître, de partager des moments inoubliables et de consolider nos liens. Si vous n’avez pas de guide pour vous conseiller, prenez au moins le temps préparer votre randonnée, vous en profiterez pour vous évaluer avant de partir…